Réveil de bon matin pour voir le
soleil se lever sur le château. Comme chaque jour, petit déjeuner, toilette,
quelques photos et petit passage aux Muriers pour acheter quelques provisions,
cette étape ne comptant aucun restaurant et aucun lieu de ravitaillement avant Angles-sur-l’Anglin, à 22 km .
Je laisse Ingrandes pour gagner le hameau du Plaudray.
J’arrive moins de 2 km après Ingrandes au lieudit de Plaincourault.
Le hameau se réduit à trois ensembles : une ferme, une chapelle, un
château. La chapelle, romane, malheureusement fermée, date du XIIème siècle.
Restaurée, elle est aujourd’hui la propriété du Parc Naturel Régional de la
Brenne. La chapelle, comme son château, était la propriété de
l’ordre de chevalerie
des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, devenu l’Ordre de Malte. Le
château, construit à la même époque que la chapelle, avec les mêmes
propriétaires, abandonné à la fin du XVIIIème siècle, a été acquis et
reconstruit en 1898 par Emile Châtenet. Sa famille en possède toujours la
propriété.
Là commence une des parties les plus difficiles de ma randonnée : je suis le chemin sauf que, au niveau de la ferme de la Pouletterie, soit je n’ai pas vu la marque, soit il n’y en avait pas. Et je me perds... Je me pose des questions
Blessé et fatigué, je décide de
quitter le chemin pour suivre la route jusqu’à Mérigny, espérant qu’il existe quand même un restaurant. A défaut,
une épicerie ou un café. Je passe les Giraudières, Chantemerle et j’entre dans Mérigny. Mais, patatrac ! Je suis
flashé ! Je suis même revenu en arrière, n’étant pas certain d’être le
coupable. Mais si. De là à faire du 5 km/h ...
J’arrive sur la place du village,
face à l’église Saint-Sulpice. Mérigny
est conforme à ce que m’en disait la carte : pas de restaurant, pas
d’épicerie et un café fermé. Que du bonheur. Heureusement, les seules personnes
que je rencontre sont un couple d’anglais qui accepte de me remplir ma
bouteille d’eau devenue vide. Je me pose une petite demi-heure le temps de
panser mes blessures (à l’eau) et de me sustenter de quelques biscuits, les
seuls que vendait l’épicerie des Muriers, à Ingrandes.
Cap sur Angles-sur-l’Anglin. Je reprends la route, cette fois-ci la
départementale 43, puis la départementale 50 où je retrouve le chemin balisé à
hauteur du roc d’escalade.
Le rocher de la Dube, carrière de
pierres de par le passé, remontant jusqu’aux temps mérovingiens (des cercueils de
pierre y ont été taillés), est aujourd’hui le terrain de jeu de l’école
d’escalade du Blanc. Mais l’école
fait comme toutes les autres au mois d’août : elle fait relâche...
Le rocher abrite, entre autres,
quelques grottes dont on peine à penser qu’elles y aient accueillies des êtres
humains mais la légende de la présence d’une sorcière le dit. Alors...
Le chemin quitte ensuite la route
pour traverser les bois et s’élever vers le Griboury, puis Beauchapeau, lieudit
qui abrite des chambres d’hôte et un gîte. L’itinéraire n’offrant, semble-t-il,
pas d’intérêt particulier, je choisi de couper par la Vieille Grange. Une ferme
sans prétention qui abriterait, selon mes recherches sur internet, une cavité
souterraine digne d’intérêt mais pas du tout indiquée. Donc je continue. Au
passage, le traitement des routes bitumées m’a toujours étonné : les municipalités posent du goudron puis s’arrêtent nettement à un
moment sans explication, se contentant de boucher les nids de poule avec
quelques graviers, comme à Vierzon. En général, ça ne dure pas plus d’une année
mais c’est moins cher, comme le rappelle le maire. Il est étonnant qu’il
n’applique pas la même politique devant chez lui et chez ses adjoints...
La route se poursuit vers les
fermes de Haut Rives et des Rives, probablement parce que la première est au
dessus de la seconde et que cette dernière est au bord de l’Anglin. Le chemin
suit la départementale 50 sur 200
m avant de retrouver son caractère bucolique sur la
gauche.
Le rocher d’escalade et la grotte
de Saint-Berthomé sont mes premières rencontres. Le rocher porte le nom d’un
saint ermite local, probablement légendaire. Au moyen-âge, on prêtait des
vertus spécifiques à ce roc : on le grattait et on donnait la poudre en
résultant à manger aux bébés souffrant de coliques et de maux dentaires. Je ne
suis pas convaincu que certains n’en sont pas morts...
La grotte est, semble-t-il, plus
profonde qu’elle ne le laisse penser au départ. Sans équipement, je ne
m’aventure pas au devant.
Le rocher se prête volontiers à
l’escalade, la varappe plus exactement, tant il est truffé de trous naturels où
un ou plusieurs doigts peuvent s’accrocher.
L’itinéraire longe l’Anglin
jusqu’aux ruines du moulin de Braud avant de quitter la berge et de s’élever
jusqu’à la départementale 3. Une fois encore, je quitte le sentier balisé pour
suivre la route sur moins de 300
m et le retrouver sur la gauche. L’écart semble être
fait pour trois raisons : refuser de viabiliser un embryon de chemin
suivant l’Anglin, éviter le château de Montenaut ou allonger l’itinéraire. Ou
les trois. Ce qui est certain, c’est que le chemin balisé à reprendre est
difficile à trouver, déjà parce qu’il n’est pas indiqué, ensuite parce qu’il est
inexistant sur près de 50
mètres avant de se confondre avec le lit d’un ruisseau à
sec appelé “le chemin de la bauge à la dame”. Il me
semble inutile de définir
ce qu’est une dame, même si son nom nous serait ici précieux, par contre le
terme de “bauge” désigne tant le lieu sec et abrité du vent où dorment les
sangliers qu’une habitation humaine faite de terre et de fibres végétales ou
animales. Bien que difficile à marcher, semé de pierres attestant son passé de
rivière, voire de torrent, il n’en est pas moins agréable sous les
frondaisons. Le bois s’ouvre un temps sur une clairière, à ma droite, où mange
un daim. Délicieuse rencontre (pas pour le manger mais pour me délecter de sa
vue).
Au sortir, on gagne la ferme de
Rezan, puis la ruine du Moulin du Pré, datant du XVIIème siècle, alimenté par
une canalisation de plus 1 km
600. Gagné par la fatigue, je décide de ne pas me soumettre à ma curiosité de
visiter cette ruine et poursuit mon chemin dans la vallée de l’Anglin, appelée
ici “Vallée du Diable”. De là à y croiser ses suppôts ou quelques sorcières... Mais
c’est surtout quelques fleurs que je trouve. Et... je préfère (courageux mais
pas téméraire).
J’ai évité une autre curiosité,
non placée sur le chemin et non indiquée (dommage), mais pas si
lointaine : la grotte du hameau de Boisdichon. La grotte aurait été
occupée aux temps préhistoriques, probablement également, de manière
épisodique, après. Aujourd’hui, elle abrite surtout des chauves-souris qu’il
convient de ne pas déranger.
Enfin se dessinent les tours d’Angles-sur-l’Anglin...
Le chemin devient une rue, bordée
de maisons au pied du château à ma droite, d’autres en bordure de rivière à ma
gauche. Des maisons que je n’habiterais probablement pas, craignant les éboulis
du premier et les crues de la seconde. Mais mes peurs sont peut-être
irraisonnées...
Je passe sous le pont qui enjambe
l’Anglin et retrouve le point de départ de mon périple de quatre jours, remonte
la route jusqu’à ma voiture, y dépose mon sac, mes bâtons, change de chaussures
et prends le temps de souffler... quelques secondes avant de me diriger vers un
glacier, histoire de me réconcilier avec la société de consommation. Fin de ma
randonnée, une page de plaisirs, quelquefois douloureux (l’affaire de la
Pouletterie) mais le plus souvent heureux, fait de bonheurs simples dont je
remercie les auteurs de ce parcours. Merci.
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