samedi 4 octobre 2014

3ème étape : du Blanc à Ingrandes


Réveil tout aussi joyeux que les autres jours : il fait beau, la température est idéale pour la randonnée. Je quitte l’hôtel pour me diriger vers le viaduc, le chemin passant sur le viaduc qui domine la ville et que l’on voit longtemps avant de voir la cité elle-même. La côte est raide mais le plus difficile est de trouver son départ. Il parait qu’il fallait passer non loin d’un supermarché... Mon salut passera par mon choix de me fier à mon sens de l’orientation. Ce dernier me mènera dans une impasse qui enjambe la voie verte, voie sur laquelle j’ai rencontré un couple m’indiquant que la voie verte conduit au viaduc. Enfin dans la bonne direction, je traverse la Creuse sur ce dernier.

Le viaduc avait, à l’origine, une vocation ferroviaire. Construit en 1885 et 1886, il fut fermé aux voyageurs au début de la seconde guerre mondiale et à tout trafic du rail en 1994, avant d’être définitivement désaffecté en 2001. L’ouvrage est remarquable et particulièrement impressionnant pour quelqu’un qui, comme quoi, souffre du vertige. Par contre, étonnamment, je n’ai plus le vertige au dessus de l’eau. L’ouvrage d’art est de 38 m en son point le plus haut, fait 528 m de longueur et 4,5 de large.

Le chemin contourne pour moitié Le Blanc. A la sortie du viaduc, il se poursuit dans la forêt de l’Ipaudière, heureux moment pour échapper au soleil qui se montre de plus en plus ardent. Je suis l’itinéraire jusqu’à la départementale 975 avant de le quitter pour rejoindre un sentier traversant les champs et gagner le hameau de Prigny. Le sentier devait être un chemin : de chaque côté, on retrouve des pierres, des ruines de muret comme il y en a tant dans la région. Je laisse sur ma gauche les fermes du Grand et du Petit Beaulieu, puis arrive à celle de Paly, qui signifierait “menhir” ou “pierre dressée”, avant de reprendre le chemin balisé, ici la voie verte.

Sous les frondaisons, j’entre dans Concremiers, joli village de près de 650 habitants, qui a gagné près de 50 habitants en 20 ans. Un succès peut-être lié à la proximité du Blanc mais qui lui a permis de conserver ou de développer son école. Bravo M. le Maire Daniel Dejollat. Par contre, l’animation laisse à désirer...

Je l’avais prévu en partant : je décide de faire halte au restaurant du Relais de l’Anglin. Je serai le seul client. Un repas copieux, avec un rapport qualité / prix plus que correct. Félicitations à la patronne, par ailleurs cuisinière et serveuse.

Le château des Forges
Ma prochaine étape étant à peu de distance, à Ingrandes, je profite et flâne un peu. Concremiers est un joli village qui mérite d’être mis en valeur. Pourquoi pas une base de canoës, l’aménagement d’une plage sur l’Anglin, histoire d’occuper les jeunes de Concremiers ?

Concremiers est marqué par les deux familles seigneuriales qui s’en partagent le fief, les de Poix, propriétaires du château des Forges (en aval sur l’Anglin), et les de Naillac, propriétaires du château de la Roche (en amont sur l’Anglin). On retrouve cette dualité dans l’église du village, dédiée à Saint Martin.

J’emprunte le chemin balisé longeant la Creuse, admirant sur l’autre rive le château des Forges, créé au XIVème siècle par Jehan de Poix et toujours propriété de sa famille, non sans un intermède. C’est aujourd’hui un lieu d’accueil (chambres d’hôte et gîte).

Le château d'Ingrandes
Le chemin s’éloigne de l’Anglin. Je gagne le hameau de Sainte-Clémence, puis... Ingrandes.

Ingrandes signifierait “frontière”. L’Anglin serait cette dernière entre les bituriges et les pictons, les berrichons et les poitevins. Avec ses 333 habitants, ce petit mais charmant village s’enorgueillit de deux célébrités : son château et l’un de ses illustres mais défunts habitants, l’aventurier-négociant-dealer(10h10)-opiomane-peintre-écrivain Henry de Monfreid. Mon arrivée, trop tardive parce que trop bucolique, sur les bords de l’Anglin, ne me permettra pas de visiter le musée qui lui est consacré. Je n’en prendrai pas non plus le temps le lendemain mais je reviendrai. Promis.
 
Le château d’Ingrandes mérite que l’on y séjourne une nuit. Pour ma part, ce le sera dans la tour de la chouette.
 
Construit au XIème siècle et relevant du duché d’Aquitaine, le château fût pris tour-à-tour par Bertrand Du Guesclin, lors de la guerre de 100 ans, par le futur Henri IV, le prenant à la Ligue catholique, servit de lieu de bannissement pour l’intrigante Marie-Henriette d’Aloigny, sous Louis XIV, avant de tomber dans l’escarcelle du grand-père de George Sand, fermier général de l’Ancien Régime, sorte de collecteur d’impôt de l’époque. En 1923, le château fut acquis par une famille d’agriculteurs avant de retrouver son lustre, dès 1982, lors de son achat par le couple Drouart, actuels propriétaires.

J’adore ces lieux chargés d’histoire. Puis, le citadin que je suis se plait à goûter aux vraies nuits. Dormir dans une tour autrefois de guet, dans un village sans lumières artificielles (de nuit) et sans bruits autres que ceux de la nature, c’est divin !

Le soir, mon repas était réservé au restaurant des Muriers, tenu par la femme du maire. Une fois encore, je suis le seul convive. Enfin, pas tout à fait. Deux autres personnes arrivent mais sont invitées par la patronne. J’échange quelques mots avec la dame, parlant notamment de littérature, me plaignant personnellement d’être en panne de lecture. Nous échangeons quelques propos sur les deux livres que j’avais emportés et lus : deux Sans Antonio (“Les Cochons son lâchés” et “Sucettes boulevard”). En sus, je pensais que les Muriers faisaient également, en plus de restaurant et d’épicerie, vente de journaux mais peine perdue. Je ne l’ai pas vue tout de suite, mais l’invitée de la patronne s’était éclipsée chez elle pour revenir... avec un livre. Et me l’offrir. Ce dont je la remercie encore. Au départ, j’ai crû que son cadeau était une provocation. D’autant que cette dame ne me semblait pas être une inconnue pour moi. Le livre qu’elle m’a offert a été écrit dans les années 50 par un communiste de cœur honni par ceux d’après 1956. Il est signé Roger Vailland et le livre est “Beau Masque”. Même s’il met en avant des idées que je ne partage pas toutes, le livre est bien écrit et agréable à lire. L’identité de ma bienfaitrice m’est toujours inconnue mais j’apprendrai le lendemain qu’il s’agit de l’ancienne procureure de la république de Bourges. Longtemps conseiller prudhommal, c’est peut-être à cette occasion que je l’ai rencontré.

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